
La dépendance : un chemin complexe entre plaisir et perte de contrôle
Le sujet de l’article suivant est loin d’être un sujet facile à aborder. Il peut susciter des questionnements personnels et parfois même des conflits intérieurs. Il m’est important de vous informer que cet article n’a pas pour but de diagnostiquer, mais bien de tendre une main à ceux et celles qui vivent une telle situation. Mon objectif est d’offrir des connaissances simples et des pistes d’action afin d’orienter une prise en charge, car celle-ci est essentielle. Au fil de cette lecture, vous découvrirez aussi différentes ressources pouvant vous venir en aide.
Un quotidien parfois teinté d’habitudes
Un café le matin pour bien démarrer la journée, une cigarette pour passer le temps, un verre de vin pour décompresser ou une soirée au casino pour chasser le stress… Ces gestes peuvent sembler banals. Mais seriez-vous en mesure de passer une aussi belle journée sans certaines de vos petits plaisirs? Si ces derniers vous manquaient, votre humeur ou vos comportements changeraient-ils?
Le plaisir est une sensation profondément ancrée chez l’être humain. Notre cerveau enregistre rapidement ce qui lui procure du bien-être, puis nous pousse à recommencer pour retrouver cette sensation. Mais lorsque ce besoin devient incontournable et que l’on perd le contrôle, on entre dans le territoire de la dépendance.
Quand le plaisir devient un besoin
La dépendance se traduit par un besoin irrépressible de consommer une substance ou d’effectuer une action. Lorsqu’on tente d’arrêter, un manque ou un état de sevrage peut se manifester. Ce n’est pas une question de volonté : la dépendance agit directement sur le cerveau, modifiant nos circuits internes liés au plaisir, à la motivation et au contrôle.
Depuis 2023, plusieurs recherches ont permis d’approfondir la compréhension de ce phénomène. On sait maintenant que la dépendance ne repose pas uniquement sur un excès de dopamine. Elle implique aussi des changements durables dans le cerveau comme une neuroinflammation, une altération des connexions neuronales et même des modifications épigénétique, c’est-à-dire des changements dans l’expression de certains gènes qui influencent notre vulnérabilité à la dépendance.
Le circuit de la récompense : un moteur puissant
Le circuit de la récompense est le centre de commande du plaisir. Lorsqu’une action ou une substance nous procure du bien-être, notre cerveau libère de la dopamine, le neurotransmetteur associé à la satisfaction et à la motivation. Cette libération agit comme une récompense : elle encourage notre cerveau à répéter le comportement.
Toutefois, ce système peut devenir déréglé. Avec le temps, le cerveau s’adapte : il produit moins de dopamine naturellement, ce qui pousse la personne à chercher de plus en plus à reproduire le comportement ou la consommation pour ressentir le même effet. C’est ainsi que s’installe le cercle vicieux de la dépendance.
Les études récentes montrent aussi que la dépendance ne touche pas uniquement les circuits du plaisir, mais aussi ceux du contrôle et de la prise de décision. Des recherches en imagerie cérébrale ont observé une hyperactivation du striatum et du cortex préfrontal chez les personnes présentant des dépendances, qu’elles soient liées à des substances ou à des comportements (jeux, achats, écrans, etc.). Ces zones du cerveau jouent un rôle central dans le contrôle des impulsions, ce qui explique pourquoi la dépendance ne se résume pas à un simple « manque de volonté ».
Les deux visages de la dépendance
On distingue généralement deux types de dépendance :
- La dépendance physique, lorsque le corps s’habitue à une substance et en a besoin pour fonctionner normalement.
- La dépendance psychique, lorsque la personne ne peut plus s’imaginer vivre sans son comportement ou sa consommation.
La dépendance physique peut parfois disparaître après quelques jours ou semaines d’abstinence, selon la substance. Mais la dépendance psychique, elle, peut persister beaucoup plus longtemps, même après l’arrêt complet. Les chercheurs rappellent qu’ils s’agit d’un trouble chronique du cerveau, où les changements biologiques et émotionnels peuvent entretenir la vulnérabilité à la rechute.
Un exemple concret
Prenons l’exemple d’une femme vivant une période de dépression. Plutôt que de consulter, elle choisit de prendre un verre de vin pour se détendre. Ce moment de bien-être la soulage temporairement, mais avec le temps, elle en vient à consommer davantage pour retrouver la même sensation. Son cerveau s’habitue, sa tolérance augmente et sa dépendance s’installe.
Ce mécanisme est le même pour de nombreuse formes de dépendance, qu’il s’agisse de substances (alcool, nicotine, médicaments, drogues) ou de comportements (jeux, réseau sociaux, achats compulsifs, etc.). Ce cercle vicieux est souvent invisible, car il s’installe progressivement et silencieusement.
Des risques parfois présents dès la première fois
Un usage occasionnel n’est pas toujours problématique. Cependant, certaines substances comportent des risques dès la première consommation. Les opioïdes de synthèse comme le fentanyl, par exemple, peuvent provoquer une surdose dès une dose minime.
Et même sans substance, certaines activités comme le jeu en ligne ou les réseaux sociaux peuvent rapidement activer les mêmes circuits de récompense, menant à une forme de dépendance comportementale.
Les pistes de traitement actuelles
Sortir d’une dépendance demande du temps, de la bienveillance et un accompagnement adapté. Les recherches récentes montrent que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) reste une approche efficace, mais que de nouvelles méthodes commela thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) ou la thérapie comportementale dialectique (DBT) offrent aussi de bons résultats, notamment pour apprendre à tolérer les émotions difficiles.
Comment aider un proche
Vivre auprès d’une personne dépendante est difficile. On oscille souvent entre colère, impuissance et espoir. Il faut se rappeler qu’une dépendance n’est pas un manque de volonté, mais une maladie du cerveau. Comprendre cela aide à agir avec plus de compassion et de patience.
À faire :
- Discuter dans un lieu calme et privé
- Rester à l’écoute, sans jugement
- Parlez de vos inquiétudes avec des phrases commençant par « je »
- Partager des informations fondées sur des faits
- Encourager la consultation d’un professionnel spécialisé
À éviter :
- Faire la morale ou critiquer
- Poser des ultimatums
- Fournir de l’argent ou des moyens de consommer
- Minimiser la situation
- Évitez de mentir pour « protéger » la personne
Des ressources qui peuvent aider
Plusieurs organismes sont là pour vous soutenir, que vous soyez directement concerné ou proche d’une personne en difficulté :
Info-social 811
Info-social est un service de consultation téléphonique gratuit et confidentiel. Plusieurs intervenants psychosociaux sont disponibles pour vous écouter et vous transmettre les outils nécessaires.
Tel-jeune
C’est un service qui outille les jeunes leur permettant d’effectuer les meilleurs choix. Tel-jeune est disponible 24/7.
Ligneparent
Espace mieux-être Canada
Les maisons Péladeau
Pour les femmes : 1-819 326 3520
Pour les hommes : 1-819 322 3555
En conclusion
La dépendance est un phénomène complexe, influencé à la fois par le cerveau, les émotions, le contexte social et les expériences de vie. Grâce aux avancées de la recherche, on comprend mieux qu’il ne s’agit pas simplement d’un comportement à corriger, mais d’un déséquilibre biologique et psychologique qui mérite écoute, compréhension et accompagnement.
Quelle que soit la situation, rappelez-vous qu’il y a toujours de l’aide et qu’il n’est jamais trop tard pour amorcer un changement.
